Faut-il supprimer le taux d'usure pour les crédits immobiliers ?

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Alors que le taux d'usure a été publié fin mars en hausse, les taux immobiliers, eux, sont en baisse. Cette situation inattendue suscite des interrogations sur l'utilité de ce taux maximal auquel les banques peuvent accorder des emprunts.

 

Le taux d'usure, publiĂ© pĂ©riodiquement par la Banque de France, est un taux maximal "tout compris" qui inclut le taux d'intĂ©rĂȘt nominal du crĂ©dit, le coĂ»t de l'assurance emprunteur et les divers frais liĂ©s Ă  l'octroi d'un financement immobilier. Son objectif principal est d'Ă©viter les abus de la part des banques. Toutefois, face Ă  la hausse continue du taux d'usure, on peut se demander s'il remplit rĂ©ellement son rĂŽle protecteur.

 

Une situation paradoxale : baisse des taux et hausse du taux d'usure

 

Les nouveaux taux d'usure applicables aux crédits immobiliers ont été publiés par la Banque de France le 27 mars. Pour les emprunts d'une durée comprise entre 10 et 20 ans, le taux maximal tout compris ne peut désormais pas dépasser 6,13 %, et 6,39 % au-delà de 20 ans. Ces taux ont augmenté par rapport aux taux d'usure précédents, applicables au cours du premier trimestre de 2024.

 

Cette situation est d'autant plus surprenante que les taux d'intĂ©rĂȘt des prĂȘts immobiliers sont en baisse. En effet, mi-dĂ©cembre, les taux des nouveaux prĂȘts immobiliers Ă©taient d'environ 4,5 % en moyenne, contre 4 % actuellement. L'augmentation du taux d'usure applicable au cours du second trimestre de 2024 semble donc paradoxale.

 

Un décalage entre la pratique du marché et l'évolution du taux d'usure

 

Le taux d'usure est calculĂ© sur la base du taux moyen pratiquĂ© par les banques au cours du trimestre prĂ©cĂ©dent, auquel est ajoutĂ© un tiers pour laisser une marge de manƓuvre aux banques. Il existe donc inĂ©vitablement un dĂ©calage entre la pratique du marchĂ© et l'Ă©volution du taux d'usure. Par exemple, le taux d'usure du second trimestre 2024 est calculĂ© sur la base des taux immobiliers moyens accordĂ©s par les banques au cours du premier trimestre.

 

Un taux d'usure critiqué

 

Le taux d'usure est rĂ©guliĂšrement critiquĂ©, notamment lors de la forte hausse des taux entre 2022 et 2023. Son Ă©volution, jugĂ©e lente et dĂ©calĂ©e, empĂȘchait de nombreux emprunteurs d'obtenir leur crĂ©dit immobilier. La Banque de France avait alors modifiĂ© son mode de calcul en actualisant le taux d'usure chaque mois, plutĂŽt que chaque trimestre, pour mieux reflĂ©ter la rĂ©alitĂ©.

 

Aujourd'hui, alors que les taux d'intĂ©rĂȘt sont en baisse progressive, la Banque de France est revenue Ă  un mode de calcul trimestriel. Toutefois, le dĂ©calage actuel entre les taux d'intĂ©rĂȘt, en baisse, et le taux d'usure, en hausse, relance les critiques.

 

MalgrĂ© ces critiques, le taux d'usure demeure un rempart essentiel contre les abus potentiels des banques et un Ă©lĂ©ment important de la protection des consommateurs, mĂȘme s'il est imparfait. Si la baisse des taux d'intĂ©rĂȘt se poursuit, le taux d'usure du prochain trimestre devrait Ă©galement diminuer.